Samedi 21 novembre 2009
avant l'Afrique, mais aussi dans le même temps, dans le même amour partagé, dans la même admiration, dans la même fusion poétique, il y a le Japon
cinéma, architecture, art de vivre, et poésie
dont le haïku

le haïku, pour ceux qui l'ignorent encore, est un poème bref, intense et vagabond qui dit l'humain avec humour,  qui parle du quotidien avec une philosophie subtile, qui évoque enfin la nature avec un lyrisme réservé, dédié aux sensations bien plus qu'aux mots, d'où cependant le jeu de mots n'est pas absent, même si l'on n'en ressent sans doute pas la saveur brute lorsqu'on ignore la langue.

dans ce monde de rêves
je cultive des oignons
solitude (kooi)

dans l'inaction
elle a vécu l'holoturie
dix huit mille ans (shiki)


j'aime le haïku parce qu'il accompagne la marche, l'errance et la nuit ... "voilà pourquoi tous les passionnés de silence, et ils sont peut être plus nombreux qu'on ne le croit, sont susceptibles de devenir des passionnés de haïku" (ôoka makoto in "poèmes de tous les jours")

avec pour seul chapeau la lune
je voudrais tant partir !
ciel du voyage ( tagami kikusha)

j'aime le haïku parce que "le créateur qui s'en réclame évite soigneusement de dépasser le seuil de la simple suggestion, attentif d'abord à laisser les portes du sens grandes ouvertes" ( maurice coyaud in "fourmis sans ombre")

pour écouter les insectes
pour écouter les humains nous ne mettons pas
les mêmes oreilles (wafù)

y a-t-il, au fait, meilleure définition de la poésie dans son essence, et de tout art dans ses visées ?

un homme sans pinceau
quand vient la lune
est-ce possible ? (onitsura)

les haïkus sont souvent rangés par "saisons" , comme le suggéraient dès leur origine les admirables "journaux de voyage" du moine poète Bashô qui vécut au 17è siècle

la mer dans le soir
le cri des canards
a quelque chose de blanc (matsuo bashô)


voici quelques poèmes suggérant l'automne puisqu'au coeur de novembre nous voici plongés (en breton : "miz du" le mois noir)

lui un mot
moi un mot
coeur de l'automne (takahama kyoshi)

froidure d'automne
oh! l'éclair de ces yeux !
masque de démone (shiki)

j'ai coupé la pivoine
quel chagrin mortel
ce soir ( buson)

le vent d'automne
transperce les os
de l'épouvantail (chôi)

triste joie d'un cheval efflanqué
à la verticale
de l'automne ( murakami kijô)


... et une courte bibliographie

  • "poèmes de tous les jours" anthologie proposée par ôoka makoto - traduction yves-marie allioux - ed picquier poche
  • "fourmis sans ombre - le livre du haïku" maurice coyaud - ed phébus
  • "bashô journaux de voyage" traduction rené sieffert - ed publications orientalistes de france
  • "ah le printemps" traduction cheng wing fu et hervé collet - ed moundarren
  • "le livre d'or du haïkaï" pierre seghers - ed robert laffont
  • "poèmes zen de maître dôgen" calligraphies de hachiro kanno - ed albin michel
  • "anthologie de la poésie japonaise classique" - nrf poésies gallimard

et quelques liens ... on peut toujours se balader sur internet pour trouver des haïkus, mais les sites sont parfois mal présentés ou rarement mis à jour...


ossiane : photos et haïkus
meshaikus : les haïkus du marcheur
mimiclectik : une vaste sélection de poèmes anciens et contemporains


Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : blog culture
Mardi 17 novembre 2009


novembre en bataille

vent de feuilles et de pluie noire

le jardin s'emporte


 




Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Mardi 3 novembre 2009
Une question posée par les organisatrices du quai des écrits , manifestation d'auteurs indépendants hautement sympathique, organisée en mai 2009 et reconduite en mai 2010 (cliquez sur le lien pour en savoir plus)

"Pourriez-vous écrire  un petit texte  sur l'écriture. Sur ce qu'elle vous apporte ou sur votre rapport avec elle … ou sur le pourquoi écrire ?"

pourquoi ?
ce que ça apporte ?
rapports, amoureux ou ... financiers ( là, il faut rire) ?

chais pas !

mais comme je suis bonne fille j'y réfléchis quand même et voilà ce que ça donne



j’écris
j’accroche un peu de terre au poids de mes chaussures

j’écris
je lance une poignée de sable dans l’encrier du temps

j’écris pour marcher
alors je jette les chaussures

et puis j’écris et puis je marche
pieds nus sur le gratin des pages

c’est comme ça que j’écris
entre deux vents entre deux eaux

entre deux pieds arqués qui se lèvent en cadence
pour rimer
pour trimer
pour pisser la copie
de ce qu'ils appellent vivre

et qu'est-ce que ça cache ?




Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : blog culture
Dimanche 25 octobre 2009
fall, ni joyeuse ni sèche
mais convertie par l'or du temps
en arcade de foin
depuis longtemps coupé

fall, la vigne rouge éparpille l'azur
quand sortent les pétales de la flèche égarée
le ciel revient, clignant
derrière chaque livrée d'oiseau

fall, une onctuosité de lys
échappés de saison
où le vin soudoyait
ses vertiges dansants

fall, chute d'armoiries blasonnées
qui se lâchent peu à peu
  sable et gueule
dans l'eau miroir de l'avant-âge

fall, blanche enfin
cotonneuse de brumes salées
la cascade s'effleure
en tourbillon de miel

il ne pleut plus
il braise des tourbes souterraines
c'est un vent de feuilles et de peaux
qui fait la roue
pour défier
nos hivers



Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
Vendredi 9 octobre 2009
le fleuve est nécessaire...
sa hautaine paresse
enserre les questions
sous des herbes nouées

pose à l'envers du ciel
un champ pavé de larmes
où l'ardoise du sable étouffe
les regards souterrains

l'équilibre du temps
redonne au goût de terre
de nos secrets trempés
une langueur d'oubli


le fleuve est nécessaire
de sa force maligne
qui fait trembler les immortelles
et le mur des coquelicots




d'autres images de la Loire

Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Dimanche 4 octobre 2009
habit de poussière
la muraille au corps cassé
tente un pas de danse








Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
Jeudi 24 septembre 2009
après la célébration de la négritude, mot imaginé par Césaire avec la complicité de Senghor et Damas,  les afro-américains dans les années 60 inventèrent la formule "black is beautiful".
Des panthères noires montraient les dents après avoir été trop longtemps pliées sous le joug de la captivité et du mépris de l'homme blanc

loin de moi l'idée de revendiquer une fausse appartenance et une histoire qui n'est pas la mienne
même si j'ai dit , ici et ailleurs, que cette correspondance avec le noir m'a rendu l'Afrique si familière au premier regard que je m'y suis, bizarrement sentie plus chez moi que nulle part ailleurs

juste dire qu'il y a quelque part en moi (en beaucoup d'entre nous ?) cette noire panthère qui sommeille
chargée des maléfices attribués par notre occident à l'obscur, au sombre, au nègre, à l'impur, à la mort et au deuil symbolisés par la couleur noire

les jeunes gothiques d'aujourd'hui, les romantiques de toujours, les philosophes ou les poètes ne renient pas cette part d'un obscur héritage, qui n'est pas le satanique ou le nauséabond que certains ont détourné à leur profit, mais le seul abandon à tout ce qui nous échappe en nous, le ça freudien peut être, et qui prend parfois l'apparence séduisante et soyeuse d'un animal fondu dans la nuit de nos jungles intérieures
peut être vorace
peut être locace
mais aussi réel que le jour où la nature solaire nous convie chaque matin

animal de nuit et de fourrure, qui ne me dévore pas
mais ronronne en gardienne fidèle et protectrice

ne pas oublier que le noir est le drapeau de l'anarchie
celui en moi qui n'accepte ni dieu ni maître
ni chaine ni cage d'aucune sorte
jusqu'à la mort




Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : Vive le désordre !
Lundi 31 août 2009
savoir poser sur l'autre monde
une goutte de sang double
un gouffre de temps bleu
où l'inverse de soi
n'est pas l'épaisseur du silence
mais le glacis vermeil
des surfaces tremblées


et puis s'y enfoncer


Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Jeudi 20 août 2009
à tout prendre la nuit est toujours plus trouble
quand l'étrangle la barre d'un soleil mathématique

à tout prendre mieux vaut étendre
sans rien dire son image froissée dans l'eau captive

mieux vaut savoir que rien ne profite à cela
gros ou petit qui s'aventure en douce dans le noir

où se balance indifférente
la torpeur d'un rocher sans bavure

à tout prendre mieux vaut
tout laisser en plan d'eau

et se carapater




pour voir l'album complet

Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : blog culture
Vendredi 14 août 2009
chance pour moi de me trouver en ces jours un peu désoeuvrés dans la région de Dinard, ce gros Disneyland pour vieux enfants friqués... chance d'avoir pu entrer dans l'expo Pinault "qui a peur des artistes?"...

le titre semble annoncer qu'on va se trouver en face d'art contemporain et qu'on risque alors de recevoir une claque de rejet ou d'incompréhension.
Rien de tout cela.
La claque n'est pas celle qu'on pense, on n'aperçoit rien de vraiment inconoclaste au fond (la culbute du pape sous la météorite est très drôle, et le cochon de Mac Carty très touchant)

seulement deux ou trois surprises magnifiques qui font dire :
surtout ne pas avoir peur des artistes
comme les poètes ils nous révèlent le monde si désenchanté en le faisant vibrer du corps et de la main qui transforme et redresse notre mortelle divinité

je n'ai pas tout aimé, comme il se doit

juste envie de partager ma découverte subjuguée du peintre chinois Yang Jiechang dans des très grands formats d'encre de Chine sur papier de soie



et les boîtes de Charles Matton ( cinéaste , photographe, peintre , sculpteur français disparu en 2008 , dont je n'avais jamais entendu parler)
un clic sur ce lien vous emmènera sur les traces de ce magnifique artiste: Ch.Matton


et  je n'oublie évidemment pas un tableau somptueusement noir du grand Pierre Soulages
www.pierre-soulages.com/

Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
Mardi 28 juillet 2009
en écho à mon dernier écrit ...
d'autres images dans l'album rouillé



à propos ... j'ai envie de renvoyer un clin d'oeil à un site que j'aime bien...
poèmes urbains du travail des bâtisseurs et des recoins cachés, plâtrés, ferraillés, grattés, dérouillés hé hé et ...

http://ce-que-les-hommes-font-du-monde.over-blog.com/

Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Jeudi 23 juillet 2009
et puisque j'ai parlé hier de René Depestre, voici un extrait d'un de ses poèmes

quand la sueur de l'indien se trouva brusquement tarie par le soleil
quand la frénésie de l'or draina au marché la dernière goutte de sang indien
de sorte qu'il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d'or

on se tourna vers le fleuve musculaire de l'Afrique pour assurer la relève du désespoir
alors commença la ruée vers l'inépuisable trésorerie de la chair noire
alors commença la bousculade échevelée vers le rayonnant midi du corps noir
et toute la terre retentit du vacarme des pioches dans l'épaisseur du minerai noir

et tout juste si des chimistes ne pensèrent aux moyens
d'obtenir quelque alliage précieux avec le métal noir
tout juste si des dames ne rêvèrent d'une batterie de cuisine en nègre du Sénégal
d'un service à thé en massif négrillon des Antilles

tout juste si quelque audacieux curé ne promit à sa paroisse
une cloche coulée dans la sonorité du sang noir
ou si quelque vaillant capitaine ne tailla son épée dans l'ébène minéral
ou encore si un brave Père Noël ne songea à des petits soldats de plomb noir pour sa visite annuelle...

Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : blog culture
Mercredi 22 juillet 2009
il y eut la poussière de latérite que j'ai d'abord mâchée, ensuite apprivoisée, ce choc premièrement visible quand je suis descendue d'un avion à Lomé

après, il y eut mes pieds que les enfants teignaient de "lali" (henné) pour faire rire les passants qui me disaient: " maman ! tu te cherches un mari ?"

et j'ai vu, j'ai touché, le corps noir saigné à blanc, le fleuve d'Afrique, le fleuve de sang que je murmurais autrefois sans savoir, avec les mots de René Depestre, 

et puis les mots rougis de tous les peuples cadenassés,
de toutes les barricades, de toutes les tortures, de toutes les armées

la vieille amie qui pleurait en écoutant "le chiffon rouge",
la voix de Ferré clamant son Aragon

mais c'est en caressant la rouille sur la gueule d'un canon
que j'ai su mon vrai rouge,
celui du soir tombant et des nuits de mars où j'avais perdu mes marques
où j'avais enterré les armes, où j'avais tari mes larmes
où j'avais laissé la terre ramener le métal à sa source
et le corps, un autre jour, à sa poussière de latérite et de chair vive
pour boire au souffle d'un grand pavillon où nichait un rouge gorge
un rouge cœur tout emmêlé de rouille et de mystère
d'où coulait un vin noir dans la blessure du ciel



Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : Vive le désordre !
Lundi 20 juillet 2009
une amie embarquée dans un projet maritime innovant et excitant m'a envoyé ce texte :

"En mer on se sent parfois coupé de tout. Quand je dis de tout, j’entends des informations, des moyens de communication, des Hommes. Car en réalité on est reliés. Reliés à la terre, à la mer, à la beauté, aux quelques êtres vivant avec nous quotidiennement. Ce qui m’a le plus manqué des hommes c’est la poésie. Leurs poèmes, leurs mots choisis.

Je n’ai jamais autant regretté de ne pas les connaître « par cœur ». Devant l’immensité de la mer, les quelques bribes de poèmes appris m’ont rassurée dans mes silences, aidée dans mes contemplations, apaisée devant l’immensité du monde. Les quelques livres présents à bord, les précieux passages de prose effeuillés au gré des vagues sont peut-être la seule raison pour laquelle on a vraiment envie de revenir. Rejoindre le monde des hommes.

Et le soir, à l’heure où chacun sort de ses lectures ou de ses calmes occupations, quelqu’un, parfois, avec un air grave déclare « qu’il a quelque chose à nous lire ». Et ce petit morceau de mots choisi prend toute sa saveur. On écoute attentivement, essayant de capter cette émotion nous rappelant que face à cette espace infini, quelqu’un, un jour, quelque part, dans de toutes autres circonstances, a ressenti, lui aussi la force de la vie palpiter en lui. A eu besoin de l’écrire. On observe le lecteur, qui a décidé, aujourd’hui, de nous lire ce petit morceau d’ailleurs l’ayant ému. On le remercie intérieurement de s’être jeté à l’eau, de nous avoir révélé un peu de lui-même.

On se tait."

Aude


pour en savoir plus sur le projet "bastia  - tokyo" ( LE MANGUIER, un ancien remorqueur de la marine transformé en navire à voile super écologique relie Bastia à Tokyo par le détroit de Behring) http://www.navirelemanguier.com

Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : Littérature et voyages
Jeudi 2 juillet 2009
après les journées tropicales de juin, même en Bretagne où les nuits en plein air devenaient fréquentables, un orage est venu ramener le temps à des considérations climatiques banales...

que reste-t-il de la chaleur et du temps de cette entrée fracassante dans l'été ?

un goût acidulé de revenir, et le reste d'une douceur sucrée quand on ferme les yeux sur trois ans d'éloignement d'un pays qu'on a aimé

en quoi cela mérite-t-il d'être appelé "fatal" ?

ce goût édulcoré par le souvenir a laissé une empreinte sur la langue et les mots qu'elle invente
un jour le temps, un jour l'orage, un jour présent, un jour absent, un jour et un autre jour qui font des vies où tout se défait peu à peu, sauf la mémoire d'avoir été

j'aimais ce fatalisme gai qui ne se subordonne à aucun temps
il me ravissait de la lumière flamboyante à laquelle succède le soir, brusquement, sans aucune transition
il me donne, souvent encore, l'idée qu'attendre sa vie est vivre, déjà,
que ne rien faire, laisse la place à l'être de soi,
que rire de son malheur est l'éloigner, vraiment,
que la liberté n'est pas seulement dans le non à ce qui bride, mais dans l'élégante indifférence à ce qui est plus immuable que nos questions incessantes

un goût d'Afrique, un goût d'été ...
la vie fatale (fatalement) et la sagesse ardente du désir
dans une ombre d'arbre malmenée par le soleil où se dessine la trame d'un amour pendu aux branches, 
fruit mûr dont on attend qu'il tombe dans la bouche d'un corps altéré
... ou qu'il ne tombe pas

... ou qu'il tombe peut-être




Par dominique dieterlé - Recommander - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Communauté : blog culture

s'abonner facile

  • Flux RSS des articles

repères

Catégories

Commentaires

Rechercher

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus