Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 13:22

alors pourquoi

ne pas faire le choix du silence

connaissant pour maison la poésie

et la dérive

squat naufragé sans adresse ni mobilier

qu'une charnière de l'être stupide

où le grondement des anciennes fureurs

déchire la croûte et la toiture

volcan à comprimer

pour quelle obscure raison

sinon que tout le reste est boniment

 

faites parler la mitraille et vous verrez au fond du corps

le foie le coeur et la membranne des nerfs acides

soufflés par l'explosion

qui ne peut plus parler ni taire

ni chasser la cohorte des guerres intestines

pour courir à l'air

libre

où le vent s'apprivoise

auprès d'un autre soi

qui saurait dire

l'espace sans mesure

de ce qui n'est pas moi


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Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 16:12

 

Il y a très précisément une année, j'étais à Cuzco, au Pérou. 

Submergée par le déferlement de jaune du dieu soleil, de jaune d'or inca sur la ville, les éclats des pétards et des fusées illuminant les terrasses et les montagnes.

Il faisait frais à cette altitude, pourtant ce n'était pas l'hiver. De quelle saison nous vient tant de beauté ?

Dans mon hiver d'ici, avec chaleur de poële et tendresse étoilée, je cherche après le froid des Andes, après le souffle court, une autre invitation aux voyages qui tardent à venir

Parce que le temps est court lui aussi, de mon souffle un peu rassis qui oublie son vertige

 

Que reste-t-il de nos voyages après retour ?

Les images perdues, ou volées, les objets rares, les odeurs furtives, la tièdeur de l'eau sur le Salar, la musique des langues, la couleur des marchés, les îles du Lac, les nuages ... 

Et toujours, le sentiment d'avoir été, toute autre, tout autrement, le besoin de rentrer pour mettre ses chaussures en ordre, et le désir qui tient la route à chaque aube nouvelle

Mon père était ce voyageur qui ouvrit le chemin, ou la fuite, qui fit bien d'emporter au loin ses démons invaincus, qui m'a laissé le meilleur pour la faim.

De ses éloignements, je me suis souvenue il y a peu qu'il m'envoyait des poupées à collectionner, objets témoins d'un échange inégal. Marionnettes de plastiques et de chiffons, apprêtées, figées dans la pose rigide d'une fête sans joie. Je suivais un trajet improbable semé de cailloux à figures humaines n'exprimant rien d'autre que l'artifice, le costume empesé d'un éternel dimanche où il perdait nos vies. Les objets ne parlent pas d'ailleurs, seulement d'un présent délavé que l'absence javellise

A 15 ans, j'ai tout bazardé. Pour qu'une autre vie me montre un autre chemin.

J'ai attendu longtemps. Pour sortir de ce trou, de cette tanière de monde resserré où je forgeais mes doutes.

Car s'il n'est une épreuve, le voyage n'est rien d'autre qu'un commerce vil.

 

Que reste-t-il alors ?

Les cicatrices, les blessures, les avènements, les douleurs que le désir promet et que la beauté ravive ?

Oui. Mais je veux dire maintenant, sans en faire une philosophie, ni un précepte, ni une morale, qu'il reste au bout du compte un peu de fausse monnaie pour nos objets perdus contre l'immatérielle  irruption de ce qui se nomme "empathie".

Si vous ne connaissez ni la langue, ni l'habitude, si vous ne convoitez ni la richesse, ni la compréhension, ni l'arrogance, si vous êtes déhabillés, allégés, réceptifs, il n'est pas impossible que vous ressentiez, sans rien en savoir, le moment du regard qui ne préjuge de rien, et surtout pas de lui même, le moment où l'être se retrouve sans autre vérité que celle d'un Autre dans son miroir.

Pourquoi me fallait il aller si loin pour ressentir cela ?

Et si c'était seulement le privilège, la force, le besoin de se savoir l'étranger, le barbare ?


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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 00:59

récit de migration

(cliquez sur ce lien pour lire le texte intégral)

Ce texte a été écrit par mon ami Wassiou, un jeune Togolais que j’ai connu à Kara en 2001 à l'âge de 13 ans.

Il m’a autorisé à le mettre en forme et à le publier simplement pour que d’autres que moi, en Occident, où il espérait sans doute débarquer un jour,  prennent conscience de la souffrance de l’exil, qui n’est jamais consentie de bon cœur, mais poussée par l’impérieuse nécessité de la faim.

Si nous ne savons pas, ne voulons pas régler avec tous les peuples une répartition plus égale des  richesses, jamais l’immigration ne cessera, quelles que soient les douleurs qu’elle entraîne pour l’exilé, et les difficultés ou le rejet des pays "rêvés" par ces jeunes sans avenir et sans espoir.

 

Ce récit n'a pas été corrigé, il est l'expression brute d'une expérience presque ordinaire pour beaucoup de jeunes africains.

Les considérations qu'il nous livre, les évènements qu'il a vécus sont exprimés de son point de vue : s'il est parfois violent il ne manifeste pas de haine ou ne porte pas de jugement, bien que son auteur ait rencontré là bas comme partout le racisme, la méfiance, et le rejet de l'étranger.

C'est un témoignage véridique et sincère. Ainsi faut il le prendre en considération.


Le texte imprimé est disponible contre la modeste somme de 5 € que j'envoie intégralement à cet ami, pour honorer son travail d'écriture et lui permettre de retrouver un peu de facilité après qu'il ait tout perdu lors des évènements en Lybie


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Mardi 6 décembre 2011 2 06 /12 /Déc /2011 18:22

Et puisque c'est bientôt Noël, plus que de la bouffaille, ou de la consommaille, je préfère offrir ce texte que j'avais écrit pour le mouvement de la paix le 8 mai 2011

 

Paix aux miens, paix aux vôtres
Et paix à tous les autres

Paix aux morts des tombeaux, au marbre et aux statues
À la fleur au fusil sur le front des vaincus
Aux gars des der des der qui lançaient leurs chansons
En vain, la peur au ventre, dans le bleu horizon

Paix au pays conquis dans le fracas des armes
Quand la loi du plus fort vient soumettre les âmes
Enchaîné comme un nègre, mort comme un bon indien
Soumis comme la femme, et rouge comme le vin

Paix aux folles d’Argentine, aux mères du Chili
Qui réclamaient justice pour leurs enfants meurtris
Torturés, démembrés, qu’on a lancés là bas
Dans la blancheur du grand désert d’Atacama

Paix à l’enfant soldat chassant dans les rizières
Un autre enfant traqué de son pays en guerre
On l’a shooté à mort, croyant qu’il oubliera
Le regard terrifié de son frère qu’il abat

Paix à la fille sans nom qui pleurait en douceur
Au bord d’un marigot pour conjurer sa peur
Sur son corps dénudé, jeté le sac d’école,
Les soldats ont écrit l'ignominie du viol

Paix aux peuples innocents qu’on veut éradiquer.
Cachés sous le mépris de la conscience morte
Ils meurent en silence derrière des barbelés 
N’espérant plus jamais l’ouverture d’une porte

Paix à la mère perdue cherchant sur un chemin
De terre et de sang noirs un signe du destin
La fin d’un cauchemar, réveil, qui remplira
Cet arrondi du vide où l’enfant ne dort pas

Paix à la Palestine, à l’enfant de Gaza
Au déluge de fer qui répondait aux pierres
Aux arbres calcinés, à la terre sacrifiée,
À l’agonie des hommes que l’on n’écoute pas

Paix à tous ceux qui vendent, qui trafiquent et fabriquent
Des armes en tout genre pour une poignée de fric
Je rêve que leurs mains s’ouvrent sur des colombes
Où le labeur des hommes dessine un autre monde

Paix aux incarcérés, jugés, exécutés
Pour avoir résisté au vent des oriflammes
À ceux qui disaient non aux bombes et au napalm
À ceux qui disent oui à la fraternité

Paix aux miens, paix aux vôtres
Et paix à tous les autres


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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 13:45

Si vous aimez : la littérature épistolaire, l'Afrique, la solidarité , le dialogue interculturel, voici un cadeau de Noël sympa à offrir ou à vous faire offrir.

Disponible chez l'auteur (moi même:-) : envoyez moi votre email par message confidentiel sur facebook ou poster un commentaire sur le blog afin de régler les modalités de l'envoi (port gratis, paquet cadeau, livre dédicacé à qui vous voulez contre un chèque de 18€ à mon nom !!)...

... pour en savoir plus, vous pouvez consultez les articles de presse qui avaient accompagné le bouquin au moment de sa parution, et les premiers textes de ce blog

 

couverture.jpg


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Mercredi 23 novembre 2011 3 23 /11 /Nov /2011 13:27

Novembre s'enfonce

avec ce peu de lumière

volé aux étoiles

 

ariège01

 

 

l'ambre d'hiver révèle une griffe perplexe où le froid découpe la chair gracile des mirages

morsure du temps venu

il y a trop d'ombres sur le ciel

trop de dents fermant nos cris

que pouvons nous dire alors de la nuit suspendue ?

nos langues tremblent dans l'étreinte et les embrasements

nous nous croyons en vie

invaincus mais sans voix

et pour combien de temps ?

 

en_charente

 

d'autres photos qui annoncent l'hiver


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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 21:35

revenues au coeur du presqu'hiver, encore quelques villes africaines où j'ai aimé passer et contempler le vaste monde étranger cher à mon coeur autant qu'indispensable à mon esprit

 

Tchitchao

Couronne du bois sacré

Contre l’arche ardoisée des nuages

Arbres en chevelure dévalant la courbe luisante des maïs

 

Le coupe-coupe dans la branche

L’arrachement du cœur meurtri

Par les pluies en bouillon

Que des adolescents cadencent

 

Sous le vert éclate la parole

Des morts annoncés

Sokodé

La langue je ne la comprends pas

perdue comme je veux

dans le temps autrement

Mots effacés que je regarde

avec les sens, les impressions, les intuitions

d’un langage qui ne se lit

ni de gauche à droite, ni de haut en bas

mais au fond des sentiments voilés

et vit dans un ailleurs

qui a touché le ciel et la saveur du soir

 

Oh ! se perdre sans rien savoir

des mondes incertains

qui ne se possèdent pas

Image contrariée du bonheur facile

Connaissance trouvée qui se tait

et sait aimer le silence en silence

dans le regard en fuite

 

Le doux chant du muezzin

Les filles aux yeux brillants parées pour des noces futures

Les puits, les feux paisible, les rivières

et les chemins de terre parlant de l’enfant que je fus

 

Je les aime et je peux les nommer

 

Cotonou

C’est le vent du large, dit-on, qui chasse la persistance pâle des fumées,

cette accélération du cœur et du battement tremble à chaque carrefour

enlacement, retours, dérapages, jusqu’à l’écœurement des essences marchandées.

L’ouate est sur la ville dans son nom de blancheur où perce la flèche d’un minaret ou la rumeur d’un tapage vaudou

Le marais ne se dessine pas, lui même errant dans l’infinité de lagunes et de silices que le plastique recouvre et désunit

Cotonou laisse ma mémoire sans objet, sans lumière, sans autre fraîcheur que la trace d’un zem chargeant vers l’improbable, une espérance noyée de volutes grimaçantes 

 

 

Abomey

 

Il est, tout au contraire d’autres instants flétris, des scarifications dont rien ne vous délivre

Le train s’étirait en fardeaux incertains et tombait là, sur Bohicon au marché de midi, où la ville sanctifiée, à portée de sagaie, ouvrait la statue sans mesure d’un roi transi qu’aucun astre tropical ne savait réchauffer

Le sang des ancêtres ne vaut pas la terre rouge des royales amazones où piaillent des coqs noirs

Le passage étreint l’âme jusqu’au genou, et fait ramper le sol sous les pieds étrangers

Je me souviens des tissus, des cannes, des ors pâles, des bois affûtés, des soudures pesantes, des monnaies, du capharnaüm d’incertitudes et de rapts anciens que la mélopée ne peut rendre

Et qui, pourtant, de fresques en images, de sculptures en piqûres de frange, célèbre sans interruption le vide et l’amertume des gloires asservies et des esclaves morts

Abomey l’impériale est une parenthèse de vent entre deux wagons éraillés que le lent passage du sable retient jusqu'à la fin

De quelle incertaine douceur ?

 

 

 


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Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 14:17

il en est des temps à venir comme des temps passés, ils se fluidifient en chiffres mous qui, un jour ou l'autre, perdront tout le sens

 

ce sont parfois des dates qui, tout en sentant un peu l'amer, nous ramènent à des jours moins rancis

ou simplement le manteau d'indifférence qui n'a pas tout recouvert

 

je préfèrerais l'oubli et la joie légère des feuilles en allées dans l'or du matin

mais on ne choisit pas (toujours) son calendrier


les hommes guerriers se ménagent une position de repli prévue à l'avance, comme on disait dans les tranchées, une chambre de cuir dont aucune femme ne trouve la serrure

vous aurez remarqué que le retrait ne peut être que masculin

quelque part au fond du mâle, ce terrier,  forteresse bouclée de musc et de silence, abrite les secrets de la perte, dont nulle ne saura rien, où il remâche encore des souvenirs enfuis depuis longtemps

 

tandis que l'autre dit : après avoir donné toutes les clefs, toutes les ouvertures, j'ai laissé les rôdeurs emporter tous les meubles.

Et je me trouve, dépouillée d'orgueil et de substance, sur la terre brûlée

et plus rien sous ma dent

 

 


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Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 13:28

over blog m'annonce que suite à mon inactivité récente sur le blog , des espaces publicitaires peuvent apparaître sur mes pages...

évidemment je n'ai rien demandé à personne, et personne ne m'a rien demandé

alos ... que devient le droit à la liberté de ne rien dire, d'être sans voix, d'être en chantier désenchanté

 

il y a des moments où le vent souffle court et se concentre sur la seule respiration du temps vide, des constructions à remonter, des plans à tirer, des chemins à rouvrir

 

non pas que ce soit mal ou bien, c'est ainsi

des creux de vagues, ou plus vagues que vagues, des jours sans relief, des mots inféconds sans saillie

 

est ce le lointain des voyages qui se vont, et des mots du voyage qui ont fini de faire le tour des souvenirs glanés

qu'il n'y a plus rien à glaner

ou qu'on attend d'autres regains d'automne, s'il en était possible

 

je ne demande que l'oubli

s'il ne vous plait pas que je reste en silence, ne comblez pas mes trous de vos criailleries

laissez moi un moment, encore un

et puis revenez vers moi

au matin

mais sans bruit


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Mercredi 3 août 2011 3 03 /08 /Août /2011 14:56

Reçu il y a quelques jours ce commentaire aimable et amical d'un lecteur togolais...

 

Bonjour
Je suis David Kpelly un Togolais de 27 ans vivant à Bamako, au Mali, passionné de littérature. Je viens de découvrir votre blog par le lien de Sami Tchak. Quel coup de coeur pour notre pays! Cela peut paraître ordinaire, un blog si fortement marqué par notre pays, mais je pense que pour nous Togolais, qui sentons notre pays si petit, si étouffé, c'est un grand plaisir de voir comment vous le révélez à travers vos textes. Merci et bon travail. Le Togo vous en est reconnaissant.


Mes derniers écrits évoquaient un autre continent que j'ai beaucoup aimé rencontrer , mais l'Afrique est dans mes pensées depuis dix ans exactement, lorsque j'ai foulé pour la première fois le sol de Lomé.

Cela me suffit, en lisant cela, en disant cela, pour renouveler à mes amis du Togo et d'Afrique de l'Ouest, l'expression d'un immense merci pour tout ce que je leur dois, de découvertes inoubliables et de moments forts.

Je ne redirai pas ici tout ce que j'ai écrit dans mon livre "LETTRES D'ANISARA AUX ENFANTS DU TOGO" paru il y a déjà trois ans à l'Harmattan. Je ne sais pas si aujourd'hui on peut se le procurer ailleurs qu'à Paris auprès de l'éditeur. Je ne fais pas de pub non plus, n'ayant vraiment rien à y gagner, sinon que ceux à qui ce livre tomberait entre les mains sauront combien nos dialogues ont été riches, empreints de respect et de recherche d'une vérité exigeante.

Merci encore à toi David, pour m'avoir permis de redire cela.

 

classe6eme2002.jpg

 

avec ma classe de sixième à l'école du centre de Kara en 2002


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Vendredi 29 juillet 2011 5 29 /07 /Juil /2011 16:26

de passage en passage, de terminal terrestre en terminal aéroportuaire, de chambres pauvres en chambres un peu moins laides, points d'arrêt et de départ où la voyageuse sans cesse se donne et se reprend

s'oublie en quelques parts de ce qu'elle ne ramènera pas

à cause du poids, à cause du désir d'être nue, à cause de ce qui disparait de soi et de la suffisance de l'être comblé, qui voudrait bien laisser ses charges et revenir allégé de ses peurs

ces traces minuscules redisent à celui qui les trouve qu'une autre est passé là, qui cherchait son regard

et que le souvenir d'un lieu est attaché à la mémoire oublieuse des objets inutiles

il n'y a pas de sens au voyage sans le troc de chaque monde tombé dans une escarcelle ou une autre

 

à l'hôtel Almen , rue Sagarnaga de La Paz, j'ai oublié une paire de mitaines bicolores rouge et grenat. Les fils électriques font des toiles d'araignées, et j'ai le souffle court. Je contemple avec stupeur un premier tableau d'ange arquebusier au Museo del Arte.

à l'hôtel Sonia de Copacabana, au bord du Lac, j'ai laissé "la vie mode d'emploi" de Georges Pérec, en édition de poche marquée à mon nom. Je l'ai relu trop vite. Je n'ai plus aucun livre. Mais Titicaca, la Isla del Sol, et les nuages déploient leurs écritures.

à l'hôtel Inti de Puno, sur l'autre bord, péruvien, du Lac Titicaca, perdu un tee shirt gris perle, avec une bande brillante sur le devant, que j'aimais beaucoup. Il pleut. Je bois un Pisco Sour, et mange mon premier steak de lama.

sur l'île d'Amantani j'ai donné ma lampe électrique made in China qui fonctionne sur le principe de la dynamo au papa de Mari Luz, qui nous a fait dormir dans sa maison. Ciel d'encre et de glacier d'étoiles, paré pour une légende. J'improvise le vol du Condor sur la musique du même nom à la fête du village.

à l'hôtel Samani de Cuzco, je n'ai rien oublié du tout, ni dedans ni dehors. Mais décidé en prenant le bus, de déposer quelque chose dans les lieux à venir de mes passages. Le soir du jour de l'an, vu la ville s'embraser de folie et de fusées pétaradantes. Symphonie brutale et sidérante. Comme à Machu Pichu

à l'hôtel Santa Catalina d'Arequipa, laissé un pull gris en laine, de forme chasuble, un peu usé à la taille à cause du frottement de ma veste. Au crépuscule sur la terrasse contemplé la première neige sur le volcan Mitsi. Mes pieds remplis de graviers, de désert et de lagunes du rivage Pacifico.

à l'hôtel Yungay d'Arica au Chili, déposé sur la poubelle ma paire de chaussures blanches et noires, la semelle au talon réduite à l'épaisseur d'une feuille de papier, brûlée par la plage de sable volcanique. Vols innombrables de pélicans à l'arrière des bateaux de pêche.

à l'hôtel Utakala de Don Leo à Parinacota, laissé un collant brun foncé avec un petit trou sur le gros orteil droit. Le matin, dans le 4x4 de Don Leo, resté figée au pied du Parinacota stupéfiant de beauté qui miroite sur le lac couvert de glace et de flamands roses.

revenue à Arica, à l'hôtel Yungay, j'ai enfoui dans les draps, bien qu'ayant dormi par terre, un gilet bleu vert à double fermeture éclair que j'avais acheté dans un troc et puces à Concarneau. Toujours les cormorans.

dans le bus de nuit entre Arica et san Pedro de Atacama, perdu une trousse en cuir beige qui contenait un stylo à plume, des feutres à dessin et des cure-dents. En fait, ce n'était pas dans le bus, mais dans le petit bar où nous avons déjeuné de poulet en arrivant à San Pedro. Le lendemain je l'ai retrouvée

le même jour, j'ai oublié une pochette africaine contenant mon passeport et ma carte bancaire à l'office de tourisme. Retrouvée au bout d'une demi heure quand j'ai voulu payer le boleto touristique de l'excursion aux geysers de Tatio. Où j'ai ressenti le froid comme jamais avant le premier signe du jour. 

à l'hôtel Puritana de San Pedro, chambre la plus luxueuse et la plus chère du voyage, j'ai déposé dans le bas de la table de nuit un cadeau pour les filles qui travaillaient sans relâche au nettoyage : un collant noir sans pied et un flacon de vernis à ongles

à l'arrivée du bus de nuit entre San Pedro et Valparaiso, j'ai retrouvé, au terminal, l'appareil photo d'André qu'il avait laissé sur son siège Cama

à Valparaiso, à l'hôtel "maison du Filou", jeté le chargeur de l'appareil photo Panasonic que je me suis fait voler boulevard San Francisco. Avec passeport, carte bancaire, clef USB, et ma broche panthère noire, dans le sac banane multicolore acheté à San Pedro. C'est comme un peu de moi resté dans cette rue qui descend vers le port, sur le Cerro Artillera, avec mes images de Bolivie et du Pérou. Mais la ville était bien, là. Je peux lui pardonner.

à l'hôtel Bellavista de Santiago, j'ai posé un tee shirt rose très moulant et trop petit en évidence sur le lit. Le soir nous assistions depuis la terrasse à un festival de théâtre dans une cour voisine. Hôtel tout près de la Chascona, troisième maison de Neruda. Et le métro de Santiago arrose les voyageurs pour les rafraichir.

chez François à Santiago, laissé ma serviette éponge rayé rose et blanc Ted Lapidus, et un stick de déodorant qui me grattait depuis le début du voyage. Avec un drapeau breton en tissu, comme cadeau de remerciement pour son appartement.  Frédéric était là aussi, pas rancunier envers le Chili qui lui a volé ses jambes.

à l'hôtel sans nom, que j'aurais dit presque borgne, rue Quemes, derrière le terminal de Mendoza, j'ai laissé un short de toile blanc que je n'avais jamais mis. C'était l'arrivée en Argentine, la nuit on entendait une fiesta de tango dans le couloir de la maison. J'ai aimé la bière frappée et le vin des bodegas.

au Residencial Anita de La Rioja, laissé ma veste de lin écru dans un tiroir. Dans la cour d'une maison écrasée de chaleur nous avons chanté et bu avec une famille sous la treille chargée de grappes. Au terminal un jeune homme est venu m'offrir une bouteille d'eau.

à l'hôtel Residencial Royal de Salta, qui n'avait de royal qu'un nom depuis longtemps déchu, j'ai laissé une paire de gants en polaire rose fuschia trop serrés pour moi. La chambre bleue était comme une éponge sous les torrents de pluie.

à l'hôtel Frontera de La Quiaca, comme son nom l'indique, laissé un tee shirt violet sans manches à volants qui me servait de chemise de nuit. Dès l'aurore des femmes indiennes faisaient passer sur leur dos des tonnes de marchandises, toute la journée, d'Argentine en Bolivie. Ou l'inverse.

à la gare de Villazon, du coté bolivien de la frontière, André a oublié son appareil photo sur un banc après avoir pris nos billets en classe économique pour rejoindre Uyuni. Et ne l'a pas retrouvé. Passé la nuit dans le train. Oublier sa fatigue. 

à l'hôtel Cactu d'Uyuni, j'ai laissé un tout petit sac rose et violet en tissu brillant offert en 2009 par deux coréennes qui avaient dormi chez nous. La chambre n'avait pas de fenêtre, comme pour démentir l'espace indéfini de la ville sans limites.

nuit à Alota, pendant l'excursion au Sud Lipez, j'ai oublié, vraiment oublié, ma serviette de toilette jaune en matière ultra absorbante. Le soir nous avons bu du rhum avec un alsacien, tandis qu'une secte américaine venait nous faire l'article d'une méditation sur les hauts lieux où souffle l'énergie. Comme le Salar, où l'on se perd de la tête aux pieds.

la deuxième nuit dans le campement n'avait pas de nom, je n'avais plus grand chose à oublier, mais j'ai été  malade. Coliques, diarhhée. On laisse ce qu'on peut. L'eau n'est pas bonne à boire. On ne parvient pas à allumer de feu. Ou c'était la baignade à 4500m dans des eaux chaudes et soufrées. Laissé seulement un petit calendrier de la pharmacie Sébire à Melgven.

à l'hôtel Cactu d'Uyuni, avant de repartir, je laisse un short de sport en polyuréthane noir et violet, qui ne m'a servi à rien. Ciel de pluie. Immensité de tristesse. Cimetière de locomotives. Fers rouillés.

à l'hôtel Carlos V de Potosi, j'ai laissé un paquet de chewing gum, immangeable, acheté à Uyuni, et un chapeau de toile beige, rétréci au lavage et devenu trop petit. Parcours dans les mines, couleurs, vertige, horreur et magnificience. Révolte ou révolution ?

à l'hôtel Pachamama de Sucre j'étais en panne d'oubli. Mais à Tarabuco, visité un matin le marché artisanal, j'ai donné à Julio qui nous avait vendu un charango, la polaire noire qu'il m'a demandé pour un de ses enfants. Sucre trop blanche, cela refait un équilibre.

à l'hôtel Alem, j'ai abandonné, avant de quitter La Paz, les sandales dorées qui m'avaient bien servi les pieds, et deux paquets de feuilles de coca en poudre pour les infusions. Bien m'en a pris, les douaniers boliviens ont fouillé mes bagages avec une minutie particulière. Sorciers et sorcières véritables dans les rues de l'Alto. Tihuanaku et l'Illimani. Enfin. Avant le déluge tropical de Santa Cruz.

à l'aéroport de Madrid, les douaniers espagnols nous ont pris le vin bolivien acheté au free tax de Santa Cruz. Sans le décalage horaire nous l'aurions bu cul sec !  Ils ont cassé la bouteille. Pol n'aura pas son cadeau.

 

angel  Lap.26

 

angel arcabucero et masque de carnaval à La Paz

 




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Jeudi 28 juillet 2011 4 28 /07 /Juil /2011 00:12

arrive un moment où plus rien ne compte que le poids de matière minérale,
ciment des muscles, air au goût de pampa, train de carcasse, rails qui tranchent l'horizon
on devient roche, on devient terre, pluie, nuages,
on devient poids de glace et de tourments qui tanguent au bout des doigts ralentis marquant le coup à coup des voies entre deux gorges coupées à vif
sang de l'Ande et de l'Indienne, tout entier ramassé dans la joue de coca qui martèle un oubli
l'Altiplano s'est soulevé à hauteur de mirage, sa côte de magma flottante au bord des lèvres maquillées d'aurore
Un poids de temps, un poids d'argent, un poids de chair sur les plateaux de la justice ancienne qui n'avait pas de nom
Le train de nuit, à l'écart des voies irréelles, dérape lentement, glisse sur le silence, s'immobilise
où l'on reste là, corps plié de sommeil évasif, corps métallique, aimanté qui se colle au sol criblé d'autres corps,
au dessus des fausses roues
au dessus de l'humus dérobé
au dessus du minerai au dessus du sel et de la mer enfuie
au dessus d'un rien de rien qui reste en équilibre
oscille infiniment à l'aplomb du fléau
Entre La Quiaca, Villazon, Uyuni, un ballot de chiffon jeté à contrevoie
est peut être l'enfant de mon rêve
qui sourit au néant
et qui s'endort enfin

 

 

Train07

 

depuis la frontière argentine jusqu'à Uyuni en Bolivie. environ 16h de voyage pour faire les 450 kms d'une traversée vertigineuse au bord de l'Altiplano

 

Train02

 

gare de Villazon ( frontière bolivio-argentine)


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Mercredi 20 juillet 2011 3 20 /07 /Juil /2011 19:06

Salta parade et s'affiche avec hauteur,   
poignée de fards plaquée sur les arborescences
rouge rose fruitée des églises, vitrines naïves qui plantent les bougies du Vaudou sur les figures laquées de la Pacha Mama, verrières jaunâtres des cabines suspendues, murs écaillés des residencials en décadence.
Salta bourdonne, amoureuse fertile, étire jusqu'aux nuages son petit train de solitude, lance la cavalcade des orages, ajuste son corsage entre deux quebradas violettes et roule pour finir, nuit et jour, en ramenant toujours le verre et le discours pâle du Torrontès à sa bouche qui chante au dessus de la pluie
Salta la crépitante en lambeaux de dentelles, redore à chaque meurtrissure de tempête, à chaque convulsion, son blason de fierté, son habit de soleil éreinté

Salta me faisait fête, noyant le martyr des disparus qui déchiraient de blanc l'obscurité des parcs
Salta me faisait joie, fille ruinée qui n'a plus rien à perdre
Salta, dans la noirceur d'un jour tiède, s'est couchée à la cime des Yungas où se déployait le chaos des rumeurs sourdes

Je suis restée figée face aux salissures moisies de la chambre bleue
cherchant dubitative, parmi les traits incertains de Salta, la carte du désir, et le chemin du non-retour
mais n'ai pu que dormir, et dormir, plus loin que les vallées qui se fendent et s'étoilent

 

d'autres photos de l'Argentine

 

Sal.16

le memoriel des disparus de la dictature à Salta

 

sal.50

jungle au dessus de Salta ( yungas) par temps d'orage

 



Par dominique dieterlé - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Communauté : Littérature et voyages
Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 00:41

la ville dort sans frémir, son souffle de lézard sur la platitude du sel gronde très en dessous,
monde à l'écoute derrière les fenêtres enroulées sur elles mêmes
les églises verrouillées et les commerces clos ne parlent que de l'heure absente
cherchant l'accord d'un chant profond qui coulerait du bitume

portes et jardins s'éveillent à la tombée du jour
c'est une autre ville qui tremble alors sur le pas suspendu d'un tango flamboyant, torsion de femmes et de velours que rien ne peut ternir
ni les idoles matoises, ni les diables cendrés tapis dans les entrailles des volcans
ni les tambours de peau qui ruinaient l'espoir des conquérants
 
bien plus au large, la montagne se déplisse, friche de solitude ardente que marquent l'ongle sur la corde et le final plaqué
où se répandent vin et bière chaloupés de rires sur l'envol d'un adieu
mais en quittant Rioja, je l'oublie sans façon
ne restent que l'eau fraîche et la main de l'offrande qui s'éloigne et s'éloigne et
rien d'autre

 

Men.23

 

route salée entre Mendoza et Rioja


Par dominique dieterlé - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Communauté : L'écriture dans tous ses états
Mercredi 22 juin 2011 3 22 /06 /Juin /2011 14:04

Bientôt le Pacifico ne fut qu'un aplat de bleu sur la carte, tandis que l'ombre de Pablo chuchotait inaudible dans l'amoncellement des pièces et des reliques de la Isla Negra

Je tournais le dos à la plaine étroite, le bus s'enfonça vers les Andes, mouche obstinée sur le ruban des pierres vives et des virages magnétiques que les camions conjurent avec des franges cérémonielles et des cœurs enrubannés

Une voie ancienne s'effilochait en poutrelles de fer et de ponts inutiles
Voie plus ancienne encore, dernier écho d'autres voix qui cherchaient la braise d'un feu ami aux marches des glaciers, ou le pas après l'autre pas qu'il fallait arracher au silence absolu des Cordillères

De l'autre coté des couleurs, des coulées, des invraisemblances et des chaos triomphants, le fleuve peu à peu se raréfiait vers la plaine brûlée de torchères que les gauchos dressent au milieu des vignes et des oliveraies

Ce fut Mendoza
Sèche et bardée de lignes au carré : fossés, canaux d'irrigation, places mozaïquées, monuments, rues striées, arbres rangés dont les racines boivent au magma des eaux et des nappes pétrolifères que plus rien ne sépare

Mendoza, claire et blanche, que ternissait à peine les visages morts déposés sur les rues,
regards éteints des disparus, regards que la mémoire et la justice redessinent de contours amers
Lumière et tourmente sur la rigueur de Mendoza
Lumière chavirée d'un tango de sang noir
Lumière défaite d'un soir de Mendoza où s'étendit le déluge roux d'un sable de Pampa
Augure d'un autre cataclysme
le jour où Mendoza perdra les eaux dernières
De sa mère crevassée

 

And.11.JPG

 

la traversée des Andes : ce sont à peu près les lieux de l'accident du pilote de l'aéropostale Guillaumet, rapporté par Antoine de Saint Exupéry dans son livre "terre des hommes". Guillaumet transportait le courrier en avion de santiago à Buenos Aires, pris dans une tempête son avion capota sur la Laguna Diamante, et le pilote dut marcher trois jours à travers les Andes glacées avant de r trouver un secours ( voir le récit de son sauvetage)

 

En 1949 Pablo Neruda fut également obligé de traverser les Andes à cheval en février pour échapper à la dictature dans son pays (voir le lien), épisode mythique qu'il évoque dans son discours de réception du prix Nobel en 1971

 

Men.20

 

nuage de sable sur Mendoza

 

d'autres photos

 


 



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